50 nuances de livres

31 décembre 2020. Seulement 31 livres au compteur. Ce n’est pas un scandale mais une déception, c’est pire… « Les chiffres et la littérature, bon ou mauvais ménage ? », pas très aguicheur comme titre, mais vous êtes là, alors découvrons donc l’histoire du dilemme du grand lecteur. 

En 2017, j’ai découvert Livraddict, un site qui permet de gérer sa bibliothèque en ligne, de suivre l’actualité littéraire, de participer à des forums, de trouver des idées de lecture… Le nom est bien choisi, puisque de lectrice amatrice mais passionnée, je suis devenue une bête des chiffres sur mes lectures. Je peux tout rentrer sur mon compte : que ce soit mes livres lus, mes livres en cours, ma pile à lire, tout mon passeport littéraire est là et me permet de visualiser ma bibliothèque. Quel genre je lis le plus, combien de pages je lis par an ? Ça permet de ne pas s’éparpiller, quand on est maniaque mais qu’on prête quand même ses livres…


J’aime beaucoup ce site, et je continue de l’utiliser. Mais plus de la même façon. En 2018, j’ai lu 50 livres tout pile. J’étais fière ; j’ai voulu me fixer cette jauge comme challenge en 2019. Pourquoi 50 ? Parce que c’est atteignable (en témoignent les compteurs de certains booktubeurs), parce que j’avais réussi une fois, parce que c’est la moitié de 100, parce que… Les heures passées à ficher des livres incompréhensibles et les bibliographies bien fournies de la prépa, des détails les plus insignifiants sur la République de Chine de 1911-1949 aux méandres sartriens ou barthiens sur le pourquoi du comment de la littérature, ont aidé à gonfler le compteur. L’année 2019 s’achevait avec 56 livres dans l’onglet « statistiques ». De quoi se faire enrager entre amis de prépa. Le challenge était relancé pour 2020, et je me réjouissais du temps que j’aurais à lire ce qui me plairait après les concours. Plus les mois passaient, plus il devenait clair que je ne parviendrais pas à remplir mon objectif. Tant pis, advienne que pourra, je profite, je « décuve » de deux années de « lectures intellectuelles » comme dit ma grand-mère. J’étais en voyage sur la carte de Tendre lorsque j’ai effeuillé deux pavés de mille pages cet été d’un superbe auteur russe que j’avais envie de découvrir depuis que je sais lire. C’est fait, ça claque dans la bibliothèque ! Et puis, pouf… 

Jamais aucune panne de lecture n’était venue me narguer, et ce n’est toujours pas le cas ; j’ai toujours lu par principe et j’ai toujours fini mes livres, par principe – mais est-ce que j’aime ce que je lis ? Le passage à vide post-prépa, la déprime estudiantine endémique depuis septembre, les va-et-vient d’un endroit à l’autre et la bibliothèque qu’on ne peut pas emporter dans son lieu de confinement : une grande frustration en a résulté. Même une encyclique du Pape François ne m’a pas remis sur les rails, mea culpa. J’ai lu moins, moins vite, avec moins d’intérêt.


Alors 31 livres pour cette année 2020 – presque autant de coupes de champagne ou de verres de rhum pendant les fêtes – ce n’est pas un drame. Après tout, personne ne me demande de comptes à la fin. Ai-je pour autant été déclassée du rang de « grande lectrice » à « lectrice moyenne » ? Je me hais de considérer la lecture comme une performance, moi qui déteste regarder les compétitions de sport à la télé. Redek du Mock, à la voix charmante, partage sur sa chaîne Dimanche à dix heures ses aphorismes sur l’expérience de la lecture, la vidéo s’appelle « Je n’aime pas lire », quelle claque ! 


Après tout, je préfère lire moins mais des livres qui me plaisent vraiment plutôt que des navets dont je sors en pensant que le suivant sera mieux ou qu’il faut avoir lu pour briller en société. En fin de compte, j’accumule sur mes étagères des livres qui ne me ressemblent pas tous. Je préfère peut-être le caractère à la profusion. 
Donc 2021, année du caractère. Que les lectures et que les auteurs que je découvre soient ceux que je défendrai avec verve lors de dîners de famille ou de soirées mondaines et non ceux que je citerai parmi le florilège des classiques. 
Ce n’est pas renoncer à la culture que d’aiguiser son regard à des titres ou des auteurs moins connus ; car après tout notre critique littéraire façonne les classiques de demain, ceux qui ressortiront des oubliettes du passé et ceux d’aujourd’hui qui brillent dans l’obscurité des best-sellers d’aujourd’hui. 


Aucune ambition chiffrée de lectures donc pour cette nouvelle année, mais le désir de faire plutôt des choix avisés et épanouis, pour dénicher des lectures qui seront comme des rencontres entre mon caractère et ce que chaque porte de la bibliothèque de Babylone a à offrir. Il s’agit juste de frapper à la bonne ! 

Juliette Brissart

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