Julien Sorel : l’homme qui se rêvait Bonaparte

Article rédigé dans le cadre de la semaine d’égalité des chances d’emlyon business school

Julien Sorel est le personnage principal du Le Rouge et le Noir de Stendhal. Il se caractérise par son ambition et sa volonté de s’élever socialement. Issu d’une famille modeste, il est le troisième fils d’un charpentier qui méprise les « choses intellectuelles ». A l’inverse de ses frères aînés, Julien, en raison de son physique « faible en apparence, avec des traits réguliers, mais délicats » n’apparaît pas taillé pour les métiers manuels. Le héros décide de se consacrer à ses études pour avoir l’espoir de monter les échelons dans la société. Cependant, il se heurte à la relativité des statuts sociaux dont on hérite plus que l’on ne mérite. Il se définit lui-même comme « né dans un ordre inférieur » et il se battra toute sa vie pour gravir l’échelle sociale. 

Julien voue une réelle passion pour Napoléon qui est à ses yeux un modèle de réussite. Il regrette d’ailleurs cette époque révolue où l’on pouvait s’élever socialement grâce à des talents de stratège. Il projette de devenir en quelque sorte un nouveau « Napoléon Bonaparte ». Son ambition sans limite se retrouve dans l’amour qu’il porte à Madame de Rênal, la femme du maire de Verrières. Julien est confronté au milieu de la bourgeoisie ce qui ne fait qu’éveiller sa volonté inébranlable d’acquérir du pouvoir et de l’influence pour échapper à son statut social dont il a hérité. Le personnage se montre très à l’aise dans cet univers bourgeois, ce qui confirme son aspiration à en faire partie.

Peu à peu, Madame de Rênal devient un trophée aux yeux de Julien qui cherche à conquérir une femme noble. Au fur et à mesure que son amour pour Madame de Rênal se développe, Julien développe également son amour-propre et son rêve d’ascension sociale. Contrairement à Madame de Rênal, Julien fait passer ses intérêts avant leur amour. Il prend modèle sur sa maîtresse et fait preuve d’un hubris démesuré. 

Sa deuxième expérience amoureuse se porte sur Mathilde de La Mole, une aristocrate gâtée par la vie qui cherche à chasser l’ennui lié à son statut social. C’est elle qui lui offrira sur un plateau d’argent tout ce à quoi il aspirait : la gloire et la reconnaissance. Elle lui permet d’avoir un nouveau nom, des terres et un grade de l’armée. Julien réussit à obtenir le titre de lieutenant de hussards ce qui le transporte de joie : 

« Le soir, lorsqu’elle apprit à Julien qu’il était lieutenant de hussards, sa joie fut sans bornes. On peut se la figurer par l’ambition de toute sa vie, et par la passion qu’il avait maintenant pour son fils. Le changement de nom le frappait d’étonnement. »

C’est l’aboutissement de tout le chemin du héros qui passe d’un humble fils de charpentier à fiancé de la fille du marquis de la Mode. C’est une réelle consécration pour Julien qui arrive à s’élever socialement. Il devient après son anoblissement « Monsieur le chevalier Julien Sorel de La Vernaye », ce changement de nom marque véritablement son triomphe.

Seulement, le personnage est en proie à un dilemme interne : il cherche à atteindre ses buts, mais pour cela il a recours à l’hypocrisie et à la méchanceté. L’œuvre est une critique de la société de l’époque où le but ultime était de s’élever socialement. Julien est l’incarnation de cette caractéristique car son rêve le plus cher est effectivement d’obtenir une meilleure place dans la société.

C’est un personnage à l’esprit vif qui saisit sa chance lorsqu’elle se présente, au détriment parfois de la morale. Il devient malgré lui le prisonnier du système aristocratique et n’arrive pas à obtenir une fin heureuse. Julien se soumet à ce modèle social qui hiérarchise les individus selon leur origine de naissance et se perd dans son obsession pour l’ascension sociale. 

Alors qu’il s’apprête à épouser Mathilde, Madame de Rênal rédige une lettre au marquis dénonçant l’ambition dévorante de Julien qui l’aurait même poussé à l’adultère. Fou de rage, Julien se rend à l’église où se trouve son ancienne amante et lui tire dessus sans réussir à la tuer néanmoins. 

Après un procès où il est reconnu coupable, Julien finira guillotiné peu avant l’arrivée de la monarchie de Juillet qui annonce la fin du système aristocratique pour lequel il a tant sacrifié et qui aura raison de lui. Avant de recevoir sa sentence, il prononcera ces mots : « Messieurs, je n’ai point l’honneur d’appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s’est révolté contre la bassesse de sa fortune. »

Ironiquement, ce modèle social qui repose sur les différentes classes meurt avec Julien.

Chloé Bouteiller

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